• Interview de Ende

    Seconde interview de groupe ici sur Horror Vision avec le très bon groupe de Black Metal Français Ende ! Je tiens à préciser que l'interview a été réalisée en septembre 2016 dans le but d'un fanzine papier qui n'a malheureusement pas pu être réalisé. Sur ce bonne lecture !

    Interview de Ende

     

    Interview de Ende

    1- Hailz à I.Luciferia et Thomas Njodr, un grand merci d'avoir accepté cette interview ! Pour commencer pouvez-vous présenter Ende ?

    I.L : Merci à toi pour ces lignes. Les débuts de ENDE remontent en 2004 avec la composition de quelques titres. Il n’y avait pas de projet à les voir sortir, ils ont été composés par pulsion, par envie uniquement, d’où les 8 années qui ont séparé ces enregistrements de leurs sorties.En 2008, dans une démarche similaire, j’ai enregistré les 5 titres qui sont devenus 7 ans plus tard, la première réelle production de Ende « The god’s rejects ».

    Le patronyme « Ende » est venu de lui-même en 2010 ou 2011, je ne me souviens plus exactement mais c’était au moment où le premier album a été enregistré. Avant 2012, la question de savoir si tous ces enregistrements devaient un jour ou non être distribué n’existait pas, ils étaient un exutoire personnel, c’est pour cette raison qu’ils sont étalés dans le temps.

    T.Njodr : J'ai rejoint ENDE en 2011, I.L m'a contacté par l'intermédiaire d’un ami commun, nous nous sommes rencontré et avons échangé sur la musique et sur ENDE plus particulièrement, de notre vision du projet. C'est à partir de cet période que ENDE est officiellement devenu un duo et que le projet c’est concrétisé.

    2- Ende est un mot allemand signifiant "fin", pourquoi avoir choisi ce terme comme nom à votre groupe ?

    I.L : La fin d’un cycle, la fin de la construction, d’une vision, d’un monde, d’une évolution. La fin est synonyme de renouveau, il est parfois nécessaire de se détruire pour se reconstruire.

    3- Quel est le rôle de chaque membre de Ende, I.Luciferia et Thomas Njodr ?

    I.L : Je suis le compositeur et chanteur de ENDE.

    T.Njodr : I.L écrit les morceaux puis me les proposes. Suite à ça, je bosse des parties de batterie pouvant coller sur les riffs puis nous mettons en commun, voyons ensemble ce qu'il convient le mieux pour chaque titre. Le but étant toujours le même, arriver à un résultat qui nous convient tous les deux.

    4- La parution de votre premier méfait, le très bon Whispers of a dying earth, avait été retardée, pour quelle(s) raison(s) ? Quels retours avez-vous eu sur cet album ?

    I.L : Il n’avait jamais été question de le sortir, il est resté dans un tiroir pendant deux ans, ce qui n’a pas été une mauvaise chose en soit, cela a laissé le temps de prendre le recul nécessaire sur ce qui avait été fait.

    Les retours ont été bons donc pas de regrets à l’avoir rendu disponible, bien au contraire.

    5- Votre premier album, ainsi que les sorties qui ont suivies, est paru chez l'excellent label allemand Obscure Abhorrence (à mon avis un des meilleurs labels Black Metal actuellement). Comment s'est fait le partenariat avec ce label ?

    I.L : J’ai ressenti à un moment donné l’envie de sortir cet album. Je trouvais dommage de ne rien en faire car j’avais beaucoup travaillé dessus et j’étais satisfait du résultat. J’ai alors regardé de près les labels avec qui j’aurai pu envisager de travailler. Je connaissais déjà OAP, je le considérais comme un bon acteur de la scène avec un catalogue de qualité, je lui ai alors écrit. Il est même au final le seul label que j’ai contacté.

    6- The Rebirth of I, votre second album (et celui que je trouve le plus réussi pour le moment, plus complexe et réfléchi avec une ambiance plus prenante que Whispers of a dying earth à mon avis), est paru l'année dernière et vous annoncez déjà avoir achevé l'enregistrement et le mastering de votre troisième album à paraître. Y-a t-il une raison quelconque à cette productivité ?


    I.L : Quand « Whispers… » est sorti, il n’y avait l’idée de lui faire une suite. Puis un an ou deux après, j’ai voulu faire de ENDE un groupe à part entière, alors j’ai composé ce qui est devenu notre deuxième album « The rebirth of I » et nous nous sommes entourés de membres sessions pour jouer en live.

    Nous l’avons enregistré rapidement, il était prêt 8 ou 9 mois avant sa sortie. Ce laps de temps a laissé tous le loisir de composer d’autres titres, créant un décalage entre les enregistrements et les sorties d’environ un an, nous avons ainsi toujours un album d’avance.

    T.Njodr : Nous ne travaillons pas dans la précipitation, nous aimons avoir une marge de manœuvre. C'est pour cela que nous fixons les enregistrements le plus tôt possible par rapport à la date de sortie, cela laisse le temps pour travailler sans précipitation. C'est aussi l'avantage d’avancer en duo, une gestion plus simple.

     
    7-
    Quels retours avez-vous eu sur votre second album ? Pourquoi ce nom The Rebirth of I ? 


    I.L : Les retours ont été surprenants et en quantité, nous avons pu jouer live à de nombreuses reprises et étendre notre travail.

    Pourquoi ce nom ? La fin annonce toujours une renaissance, dans le cas présent c’est la concrétisation de ENDE et de son avenir. C’est aussi la nôtre en tant qu’artiste avec la musique et les images qu’elle véhicule, recommencer un cycle à chaque release et donner naissance à un univers particulier d’une façon honnête et réfléchi.

    8- Que pouvez-vous me dire sur ce troisième album à paraitre ? Une idée de la date de parution de celui-ci ?

     

    I.L : Nous sommes restés sur une démarche sombre et brute avec une évolution plus mélodique et rapide. Quelques nouveaux éléments ont étés incorporés ou travaillés différemment que dans le passé.

    Il devrait sortir pour le printemps 2017. Nous voulions le voir sortir avant mais entre-temps le split avec Sorcier des glaces c’est concrétisé plus rapidement que prévu, nous avons alors préféré reculer sa sortie.

    9- La démo The God's Rejects est sortie tardivement puisque bien qu'ayant été enregistrée en 2008 elle n'est parue qu'en 2015. Pourquoi une parution aussi tardive ?

    I.L : Pour les mêmes raisons que pour « Whispers… ». Ces titres n’ont jamais été destinés à sortir mais ils ont participé à la naissance de ENDE et appartiennent à son histoire, il était logique de les voir paraître à un moment ou à un autre

    T.Njodr : The God's Rejects est sortie en format Tape. Nous accordons beaucoup d'importance au fait d'avoir plusieurs formats d'écoute. Nous aimons la symbolique des différents objets, chose particulièrement attachée et forte dans la scène Black Metal également.

    10- Cette démo est d'ailleurs parue uniquement en cassette limitée à 66 exemplaires chez Cold Dark Matter Records, pourquoi un tirage aussi limité et comment s'est fait le partenariat avec ce label ?

    I.L : Ils ne sont pas les plus représentatifs de ENDE mais ont contribués à son évolution et à ce que le groupe est aujourd’hui, nous avons donc décidé en collaboration avec Cold Dark Matter Records de les rendre disponibles avec une démarche intimiste, d’où le faible tirage et le format.

    CDMR est un jeune label tenu par Damien d’Immemorial, nous nous connaissons depuis longtemps. Un jour dans la conversation, nous sommes venus à parler de ces titres et après écoute il a dit être intéressé à les sortir. Il apprécie énormément ENDE, les choses se sont faites naturellement et nous sommes rapidement tombés d’accord sur la façon de voir sortir cet enregistrement.

    11- De quoi parlent vos textes en général ? Des messages à faire passer ?


    I.L : La sorcellerie ancienne est au cœur des textes. Le personnage de la sorcière, son individualisme, ses persécutions, la pression religieuse et sociale de l’époque.

    Tout était prétexte à la dénonciation, la plupart du temps pour des biens convoités, par crainte des comportements marginaux, à cause de querelles, de maladies et bien évidemment, pour la pratique et la reconnaissance de cultes autre que la chrétienté dominante.

    La sorcellerie a été un « fourre-tout » bien pratique à une époque où l’oppression, l’inculture et la pauvreté battait son plein. D’une certaine façon nous vivons aujourd’hui des schémas similaires, si la forme et le contexte a changé, le fond est toujours figé.

    12- La musique d'Ende est terriblement glauque et sombre, quelles émotions cherchez-vous à transmettre à l'auditeur lors de l'écoute ?


    I.L : Nous proposons une musique et un univers qui nous tiennent à cœur, libre à chacun de l’interpréter à sa façon.

    T.Njodr : Nous voulons garder une musique brute, cru, faire quelque chose qui nous ressemble.

    13- Un split avec le remarquable groupe Canadien Sorcier des Glaces intitulé "Le Puits des morts" va sortir en Septembre 2016. Pourquoi sortir un split avec ce groupe ? Comment s'est fait la collaboration avec Sorcier des Glaces et quelles sont vos relations avec ce groupe ? 


    I.L : Nous avions depuis longtemps en tête de sortir un split, nous avons donc enregistré 4 titres en plus lors des sessions d’enregistrement de « The rebirth of I ». SDG est un groupe avec lequel nous sommes en bonne relation et dont la musique nous parle, la collaboration s’est donc faite rapidement.
    « Le puits des morts » sortira simultanément sur Obscure Abhorrence en Digipack et en cassette via le label américain Dread Records le 20 septembre prochain.

    14- Ende a donné quelques concerts comme par exemple le Dimanche 22 Mai 2016 avec Malcuidant et Devilspit ou encore le 9 juillet 2016 au Radiant Art Festival avec notamment Urfaust et Countess. Comment se sont passées ces prestations ? Que retirez-vous des lives d'Ende ?


    I.L : C’était de très bonnes dates. C’est toujours une bonne chose de jouer dans ces conditions, où les orgas, les groupes et le public restent accessibles. J’ai pourtant le sentiment que les petites dates se raréfient lentement, notamment de Black Metal mais peut-être que je me trompe.

    La musique d’ENDE s’adapte bien en live et nous prenons sérieusement le fait de donner de bons sets, c’est bien l’un des meilleurs moyens pour communiquer l’énergie d’un groupe.

    T.Njodr : Je pense que les personnes ayant écouté l'album avant de nous voir sur scène retrouvent les sensations qu'ils ont ressenties lors de l'écoute sur CD. Par l’aspect de jouer sur scène, il y a une dynamique plus importante en live que sur album, mettant d’une certaine façon un aspect plus brutal en valeur. 


    15- Je n'ai malheureusement pour le moment jamais pu voir Ende sur scène, comment vous produisez vous en concert alors qu'Ende est un duo ? Quels sont les concerts à venir pour Ende ? 


    I.L : Nous nous entourons de trois proches comme musiciens de session pour nous accompagner sur les dates, ça me permet aussi de ne me concentrer uniquement sur le chant, ce que je voulais faire depuis longtemps.

    Notre prochaine date est le 29 octobre au Samaïn Fest.

    T.Njodr : S’il s'agit de musiciens sessions, nous essayons malgré tout de garder une formation live stable. Retravailler avec des nouvelles personnes demande toujours un temps d'adaptation. Avoir des musiciens de sessions qui sont également des proches nous facilite la tâche.

    16- Les versions tape des sorties de Ende (hormis pour la démo The God's Rejects) se font chez Dread Records, comment s'est fait ce partenariat et pourquoi cette volonté de sortir aussi sous ce format ? Un attachement particulier à la cassette audio (un peu symbole de l'underground d'ailleurs, format qui touche un public fort restreint) ?


    I.L : DR nous a contactés à l’origine pour sortir la version tape de « The rebirth of I ». Ce partenariat c’est très bien passé, il a alors souhaité renouveler notre coopération et faire la tape de notre premier album « Whispers… ». Pour les mêmes raisons c’est également DR qui va sortir la version tape du split avec SDG.

    La tape et le vinyle restent deux des principaux supports pour la diffusion de la musique UG grâce au grain qu’ils apportent, ils portent aussi en eux un lien très fort avec le Black Metal.

    17- De quelle production de Ende êtes-vous le plus satisfaits ? Globalement quelle sortie le public d'Ende a préférée ?


    I.L : Jusqu’à aujourd’hui nos releases ont été accueillis d’une façon positive et constante. Nous sommes satisfaits de chacune d’entre elles, elles représentent une pierre supplémentaire à l’édifice que nous construisons.

    T.Njodr : Le prochain album ! Que ce soit en terme de composition ou bien de son, je pense que nous avons vraiment passé un cap.

    18- Quels sont les projets de Ende pour le futur ? Vous avez déjà prévus d'autres sorties après le split avec Sorcier des Glaces et votre troisième album (ou tout simplement d'autres choses dont vous aimeriez parler) ?


    I.L : Faire un maximum de dates et enregistrer l’album qui suivra. Nous avons plusieurs idées et projets, nous verrons au fur et à mesure.

    19- Qui conçoit les covers d'Ende ? Quelle est leur signification et l'impression qu’elles cherchent à donner de votre musique ?


    I.L : Je créé tous les visuels. Ils sont l’extension en image de la musique que nous proposons et forment un tout, il faut les prendre comme tel, simplement.

    20- Quelles sont vos influences musicales (et extra musicales) ? Globalement qu'aimez-vous écouter ? Comment définiriez-vous vous même la musique que vous pratiquez avec Ende ?


    I.L : ENDE est un groupe de Black Metal au sens propre. Ensuite nos écoutes vont du rock au Metal extrême en passant par le classique, ambiante, etc. Pour faire court, toutes musiques qui dégagent une Aura et qui nous convient.

    T.Njodr : Pour ce qui est de la technique de mon instrument j'écoute beaucoup de Death Metal, en revanche pour ce qui est de l'intention et de l'émotion je suis plutôt orienté Black Metal et musique non extrême.

    21-  Que pensez-vous de l'état de la scène Black Metal actuellement ? 


    I.L : Internet a métamorphosé la musique underground, j’ai du mal à réaliser si c’est positif ou pas, l’accès facile a permis de découvrir beaucoup plus de choses, de communiquer plus rapidement, d’un autre côté, ce mode de fonctionnement a abaissé un style intimiste au rang de consommable. Le style a subit une démystification brutale et a été posé au même niveau que les autres styles Metal plus généralistes alors qu’il reste le plus spirituel, c’est un peu du gâchis.

    Le public est aussi plus jeune et s’est développé de nouveaux codes et de nouvelles icônes, il fait l’impasse sur certaines choses ou ne les reconnait pas, à voir comment ça évoluera dans le temps.

    22- Un avis à partager sur les évènements se déroulant en France depuis maintenant pas mal de temps (attentats réguliers) ?


    I.L : Nous assistons au retour d’un monothéisme primitif au beau milieu de sociétés modernes puissantes matériellement et riches mais d’une pauvreté spirituelle dingue, où le confort est un trésor, où la vision simpliste est un mode de vie privilégié et la stupidité un autoportrait divertissant. Je ne vois pas comment le clash pourrait être évité entre une vision archaïque poussée à son paroxysme et un mode de vie où les gens ne vivent que pour et à travers leur image. A défaut d’avoir une réelle profondeur intérieure ils mettent en avant l’extérieur, je doute pourtant que ce soit la meilleure façon de se préserver, c’est juste un exemple parmi bien d’autres.

    Dans le passé, des gens se battaient pour être libre, pour vivre leurs idéaux, aujourd’hui ils s’entretuent pour un IPhone ou une clope… On ne peut pas faire grand-chose face à des gens qui vont à la mort d’eux-mêmes, espérant les faveurs d’un Dieu, on ne peut rien faire non plus avec des personnes qui vivent dans un concept d’égo-trip comme aujourd’hui en Europe, espérant et vivant dans regard des autres, dans du faire-valoir, du vide.

    Nous sommes au bout d’un système et voyons tout simplement sa fin arriver. Nous verrons ce qu’il en renaîtra, l’Europe repartira sûrement sur un concept plus primitif, c’est un cycle naturel, la question est de savoir lequel.

    T.Njodr : Nous vivons loin de la ville, au plus loin de tout tumulte. Ce système est un véritable poison pour le bien-être. Sans parler de misanthropie, nous évitons au maximum d'être confronté à « l'autre » du quotidien.

    Quant à la politique d'aujourd'hui, il suffit de regarder autour de soi. Plus rien n'est respecté, il n'y a de la place que pour le profit. Nous préférons rester intègre dans notre faisons d'être, de faire, de paraître.

    23- Merci beaucoup à vous d'avoir accepté de répondre à mes questions et j'espère le meilleur à Ende dans le futur ! Si vous avez quelque chose à rajouter, les derniers mots sont pour Ende !

    I.L & T.Njodr : Merci à toi pour cette entrevue et ton soutien à ENDE, bonne continuation.
    Pour ceux qui souhaitent nous contacter : ende-official@outlook.fr
    Interview de Ende

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